La musique traditionnelle de Bretagne au même titre que d’autres éléments de la culture populaire (contes, légendes, …) participent à l’identité de la région. Dastum, depuis sa création, milite pour que ce patrimoine soit préservé. Gaëtan Crespel, directeur, et Claude Devriès, trésorier et président du fonds de dotation, témoignent de la participation de cette association culturelle à la souveraineté d’un territoire et font ainsi le lien avec le dispositif Relocalisons.bzh.
Dastum, à la fois mémoire et terreau de la culture bretonne
Gaëtan Crespel : « Dastum signifie “collecter” en breton. L’association culturelle fondée en 1972 a pour mission de sauvegarder et diffuser le patrimoine oral de la Bretagne historique qui regroupe les chansons, la musique, les contes et légendes, les témoignages…, en somme toute la richesse héritée de la culture populaire bretonne qui participe d’une formidable vivacité. »
Dastum, c’est en quelque sorte le terreau de la scène du fest-noz et de la musique traditionnelle. Ses archives constituent l’une des plus importantes collections à l’échelle européenne en matière de patrimoine oral populaire dont se servent de nombreux artistes, amateurs, professionnels, bagadoù, cercles celtiques, professeurs, chercheurs et chercheuses. En effet, Dastum compte une phonothèque de près de 150 000 documents sonores, recueillis auprès de 20 000 informateurs et informatrices par environ 500 collecteurs et collectrices. Photos, ouvrages, disques, manuscrits, toujours en lien avec le patrimoine oral, viennent la compléter.
« La conservation est l’un des moyens que Dastum se donne pour la connaissance de la matière de Bretagne et le maintien en vie des pratiques musicales, chantées, contées », souligne Gaëtan Crespel.
La transmission est également une des missions principales de Dastum. L’association met ses archives en ligne sur le web à travers sa base Dastumedia, accessible gratuitement et consultée par plus de 10 000 personnes. Le réseau de Dastum, tissé depuis plus de 50 ans, inclut 9 pôles associés qui œuvrent sur les terroirs de Bretagne, des points de consultation en médiathèques, écoles de musique, centres d’archives, autres lieux culturels, de nombreux partenariats avec le monde universitaire ou les institutions publiques culturelles.
L’association publie des ouvrages et des disques de référence, la revue trimestrielle Musique Bretonne, anime et participe à nombre de conférences, colloques et rencontres en Bretagne comme à l’extérieur. Reconnue d’intérêt général, ONG accréditée Unesco, Dastum a porté l’inscription du fest-noz sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2012. L’association compte aujourd’hui 10 salariés.
Cela nous amène à repenser chaque ligne de dépense à l’aulne de la relocalisation. Très souvent, nous savons que nous achetons local, mais nous ne mettons pas de chiffre précis en face de cette démarche.
Claude Devriès
Trésorier et président du fonds de dotation Dastum
Relocaliser, c’est permettre à chacun d’être acteur de son territoire
Claude Devriès : « Comme tous les Bretons de Paris, je suis le fruit de l’émigration vers la capitale au début du siècle dernier. J’y ai découvert un fondateur d’association qui militait afin que nos compatriotes puissent rester au Pays, grâce à des emplois qualifiés, une meilleure formation, un maillage économique plus résilient.
Relocaliser les achats fait écho à cette réflexion. Il est important de permettre à chaque citoyen de pouvoir vivre dignement. C’est aussi cela, la relocalisation : pas seulement celle des biens, mais aussi celle des talents, des compétences, des personnes et de leur identité à travers la culture. »
L’Indice breton de l’achat local permet de faire un état des lieux
Depuis longtemps, Dastum privilégie, lorsque cela est possible, les achats au plus près, à des entreprises de Bretagne ou des régions voisines. Ceci répond à une double préoccupation : être acteur du développement économique régional et opérer une transition écologique significative.
Dastum s’est alors intéressée à la démarche relocalisons.bzh portée par l’agence Bretagne Next. La part de ses achats réalisés en Bretagne a ainsi été quantifiée, tout d’abord pour le Fonds de dotation pour Dastum, créé en 2023, structure plus petite que l’association, avec des achats plus concentrés. Après avoir validé la méthode avec l’aide de l’équipe de Bretagne Next, l’évaluation a porté sur les deux derniers exercices clos de l’association Dastum. Le conseil d’administration de l’association, comme l’avait déjà fait le fonds de dotation auparavant, a décidé à l’automne 2024 d’entrer dans la démarche.
« Cela nous amène à repenser chaque ligne de dépense à l’aulne de la relocalisation. Très souvent, nous savons que nous achetons local, mais nous ne mettons pas de chiffre précis en face de cette démarche. »
Le calcul de l’indice breton de l’achat local incite donc à requestionner les achats, à les quantifier précisément.
« Certains partenariats et notre partie prenante à l’Unesco impliquent de travailler avec des entreprises hors Bretagne à 5 départements, mais dans l’ensemble, nous sommes plutôt satisfaits de notre résultat (67% de nos achats sont bretons). Nos habitudes d’achat sont cohérentes avec notre mission. Nous avons néanmoins pu identifier quelques services et produits que nous pourrons peut-être relocaliser. »
Une démarche de responsabilité sociétale des organisations à la fois positive et facile à essaimer
Pour Gaëtan Crespel : « Le dispositif « Relocalisons.bzh » nous a séduits car il s’inscrit sur la base du volontariat, de l’amélioration continue. Des initiatives comme celle-ci nous permettent de nous emparer du sujet de l’écoresponsabilité en nous invitant à « monter dans le train ». Nous apprécions cette simplicité et cette relative rapidité de mise en œuvre.
La culture bretonne est particulièrement riche en acteurs et structures qui la font vivre sur et hors le territoire. Le dispositif Relocalisons.bzh a toute sa légitimité pour à la fois défendre l’identité de la Bretagne, la promouvoir et contribuer à son rayonnement. »


