Loin des certifications rutilantes, la célèbre confiserie quiberonnaise cultive une stratégie d’achats ancrée dans son territoire. Entre fidélité historique et relocalisation proactive, son Directeur des opérations Gildas Péron démontre que la performance économique et l’engagement breton ne font qu’un.
Pour La Maison d’Armorine, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) n’est pas une affaire de logo sur un emballage, mais une question de « bon sens ». Si le Directeur des opérations de la confiserie avoue ne pas courir après les labels, il a fait de la relocalisation des achats le pilier central de son développement. Son crédo ? « Les emplettes font nos emplois ». Un adage emprunté à l’association Produit en Bretagne, qu’il applique avec une rigueur de métronome.
L’ADN de la proximité : plus qu’un choix, une évidence
La stratégie d’achat de l’entreprise ne date pas d’hier. Historiquement, 90 à 95 % des prestataires de services de la maison sont déjà bretons. Mais, avec la mise en place de la démarche RSE de l’entreprise, c’est sur la partie industrielle que le virage s’est accentué.
« C’est quand même mieux d’aller travailler avec des gens qui sont vos voisins plutôt que d’aller chercher des prestataires à l’autre bout du monde. En termes de relation et de qualité de prestation, c’est plus facile », affirme le dirigeant.
La stratégie achat de l’entreprise s’articule autour de 3 axes : favoriser les achats locaux, développer des partenariats durables, privilégier des achats éco responsables.
L’entreprise a à cœur de privilégier des achats de matières premières et d’emballages bretons et français. Ainsi, en 2024, le bonbon caramel bio tendre devient 100% français avec un nouveau sucre de betterave bio et français.
Aujourd’hui, l’ancrage local prend de plus en plus d’importance, que ce soit sur les matières premières (37% des achats en Bretagne en 2022 vs. 53% en 2024) ou sur les emballages (42% en 2022 vs. 49% en 2024) :
- Emballages : De la cellophane des bonbons aux étuis en carton fabriqués chez Martinet et Rondel à La Gacilly, tout est sourcé au plus près.
- Matières premières : Le sel, la farine et surtout les produits laitiers, la majorité des matières premières provient de Bretagne
C’est mieux d’aller travailler avec des gens qui sont vos voisins plutôt que d’aller chercher des prestataires à l’autre bout du monde. En termes de relation et de qualité de prestation, c’est plus facile
Gildas Péron
Directeur des opérations
La bataille des produits laitiers : sécuriser par le local
Le grand chantier de 2025 a été la sécurisation des approvisionnements laitiers (beurre, poudre de lait, crème). Face à la volatilité des cours, La Maison d’Armorine a fait le choix de la stabilité en signant un contrat annuel inédit avec la Sill (Société Industrielle Laitière du Léon).
Ce contrat garantit un prix fixe à l’année, protégeant le producteur comme l’acheteur des fluctuations du marché. Cet accord va même plus loin avec une stratégie de co-branding, où les marques locales (comme le beurre Le Gall) sont fièrement affichées sur les emballages de la confiserie.
Réenchanter l’objet : du présentoir chinois au bois morbihannais
L’un des exemples les plus symboliques de cette relocalisation concerne les présentoirs à sucettes. Autrefois importés de Chine, ils sont désormais fabriqués à Plescop par la société Kart & Co.
Celle-ci a été identifiée grâce à la puissance des réseaux sociaux et une publication sur LinkedIn. Kart & Co a fait une offre avec un design innovant répondant aux fonctionnalités demandées, mais pas au cahier des charges qui correspondait au produit chinois. La maison d’Armorine a accepté de revoir celui-ci et les deux entreprises se sont accordées sur un produit en bois produit localement.
Grâce au dialogue direct qui a été mis en place, le fournisseur a récemment proposé d’utiliser du bois breton. « C’est magnifique ! La prochaine commande sera du bois breton fabriqué dans un atelier en Bretagne », se réjouit le Directeur des opérations. Une preuve que même pour des objets techniques, la fonction doit primer sur le moule préétabli pour permettre la relocalisation.
Une économie circulaire et solidaire
Pour La Maison d’Armorine, chaque euro dépensé en Bretagne est un investissement pour l’avenir de la région. En collaborant avec d’autres pépites locales comme Confitures 4 Saisons (pour les fraises de Plougastel) ou A l’Aise Breizh, l’entreprise crée un écosystème résilient.
L’objectif est clair : sortir de la « chasse au prix » systématique qui fragilise l’économie française. Pour le confiseur, la responsabilité de l’entreprise est de choisir des partenaires qui créent de la valeur sur le pas de sa porte. Un modèle qui, il l’espère, inspirera d’autres acteurs à remplir leurs « caddies professionnels » avec la même conscience territoriale.

